Je viens de refermer le livre "Vers la beauté" écrit par David Foenkinos.

Subjuguée, c'est le mot. 

Un livre choisi au hasard, sur les étagères de la librairie.

J'aurais pu le dévorer en une journée, mais la dépression n'étant pas mon alliée, il m'a fallu faire des pauses. Il était souhaitable aussi de laisser les mots reposer, pour mieux en extraire les subtilités que ne pourrait déguster un lecteur avide.

Je me suis reconnue, dans cet état transitoire, dans le personnage d'Antoine Duris, professeur aux Beaux-Arts de Lyon. Lorsque l'auteur a laissé entendre qu'il pouvait être à l'origine de la mort d'une jeune fille, Camille, j'ai transigé sur mon désir de savourer lentement chaque description, action ou dialogue et j'ai effectué une lecture en diagonale vorace, juste pour me rassurer. Cela ne collait pas, c'était trop facile, indigne de l'auteur... et pauvre Mathilde... s'être intéressée et autant impliquée pour un homme... un monstre ! 

Rassurée, j'ai posé le livre. Il devait être tard dans la nuit.

Mes somnifères manquent d'efficacité. Il faudrait qu'ils m'assomment.

Au matin, j'ai pris une décision. Comme Antoine Duris, je voulais revoir la beauté.

Je pensais que cela m'aiderait.

J'ai pris un billet pour Paris. La ville que je connais le mieux. Celle d'une courte période d'insouciance vécue il y a bien longtemps.

Aucun projet. Peut-être allais-je sombrer trois jours dans les draps d'une chambre d'hôtel ?

Au final, j'ai réussi à déambuler tant bien que mal dans le Musée d'Orsay puis à visiter la maison de Rodin pour le plaisir de la vue, de la contemplation.

La basilique du Sacré Cœur, pour le soin de l'âme.

Les bistrots parisiens, pour les papilles, les yeux, le nez, pour se réchauffer, se reposer, écrire.

J'ai maudit les musées pour l'absence de sièges. Une personne saine peut, sûrement, passer une après-midi à flâner de salle en salle, s'arrêter quelques instants devant une oeuvre, reprendre sa visite. Une personne fatiguée, non. J'enviais les surveillants assis sur leurs chaises... D'autant que le peu de sièges existants font presque toujours dos aux œuvres. Quel pêché!

Il n'aura manqué que l'Opéra, avec un peu plus de temps, de forme physique, pour le bonheur de l'ouïe, mais déjà, tout le reste m'avait fait beaucoup de bien. Une évidence était apparue : j'avais besoin de me nourrir de toute cette beauté.

Ce livre, "Vers la beauté" n'était pas tombé dans mes mains par hasard.

De retour de Paris, j'ai retrouvé ma famille. J'ai fait un tour de pendule complet, comme quoi, la fatigue est toujours là, mais j'ai repris la lecture du livre, dans le calme. J'ai découvert Camille et en elle, j'ai retrouvé cette énergie laissée de côté, abandonnée qui crie faute d'être entendue.  

A travers ce que l'auteur a écrit sur la mère de Camille, passage que j'ai relu plusieurs fois, pour bien comprendre et m'assurer qu'il me parlait vraiment: "... elle ne répondait plus au téléphone... s'étourdir de la douleur des autres pour atténuer un peu la sienne" et son mari qui souhaite reprendre la route assez vite "pour se vider la tête", "échapper à la terrible réalité"... j'ai appris ces symptômes de la dépression que j'ai niée il y a quelques jours encore.

Désormais, je sais que je dois guérir, mais je sais aussi que je dois changer ma vie pour que ce qui me rend vivante, à savoir la peinture, l'écriture, les activités d'expression et de partage, soient mon activité principale. Je ne sais pas comment faire et je n'en suis peut-être pas encore là, mais j'ai espoir.

Ce livre "Vers la beauté" est marquant. L'écrivain a mis en oeuvre toutes les techniques d'écriture nécessaires à rendre le propos crédible: des expressions répétées avec d'autres qui se modifient pour traduire la pensée confuse du personnage, les phrases courtes, sans verbe pour cette attente dramatique, paralysante lorsqu'Antoine attend sur le perron de son élève l'affreuse nouvelle pressentie, toute la psychologie, l'état émotionnelle, le comportement de la victime d'un viol, d'un dépressif et des proches survivants, l'absence de réponse marquée par l'emploi du tiret — et des points de suspension.

L'art esthétique mélangé avec brio à celui de l'écriture, l'émotion suscitée par une toile, les Beaux-Arts que je n'ai pas eu la chance de connaître, mais dont j'ai pu avoir un aperçu lors d'un cours au musée d'Orsay alors que je me disais intérieurement tout ce que la conférencière présentait aux élèves. Pauvres élèves noyés dans la masse d'informations... Il faut du temps pour intérioriser, vivre le savoir, de l'expérience. Cela ne s'acquière pas en prenant fiévreusement des notes sur un calepin ou en tapant comme un forçat sur un clavier.

Ce livre, je l'ai adoré. C'est comme s'il avait été là pour moi.

Bravo à l'écrivain. Son pari est réussi.

 

N.B : J'ai lu une critique négative à l'instant sur ce livre. Il faut, pour comprendre toute la portée de ce récit, avoir une connaissance intime, physique, presque animale de l'art dans toute sa splendeur et dans toutes ses dimensions sans quoi on peut difficilement ressentir l'émoi que peut en offrir sa lecture.

 

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