Si vous consentez à voir répudié, piétiné et broyé

Le fruit d'un labeur mûri par votre force de vie,

Et à vous remettre aussitôt à l'ouvrage, saisir de vos mains calleuses vos vieux outils,

Si vous acceptez de perdre sur le champ ce que vous nommiez hier "richesse" sur l'autel du destin

Et ensemencer, bâtir une fois encore sans un soupir, un seul verbe assassin,

 

Si vous acceptez d'entendre vos propos, 

Colportés, travestis par des vipères pour tromper les sots,

Et darder votre honneur des crochets de leurs langues venimeuses,

Sans vous désavouer ni échapper une syllabe douteuse,

 

Si vous savez rester modestes bien qu'une myriade de fous vous acclame,

Droit bien que chevauchant le succès, le pouvoir et les flammes,

Si votre bonheur ne dépend ni de vos amis, ni de vos ennemis,

Mais qu'à vos yeux, leur existence soit aussi précieuse que votre vie,

 

Si vous êtes reconnaissants pour les splendeurs sibyllines de l'univers et de ses séduisants mystères,

Chaque jour plus conscient et combattant scepticisme et misère,

Si vous libérez votre imaginaire en restant maître de vos visions,

Et si vous agissez avec sagesse en suivant votre intuition,

 

Si vous êtes forts et sensibles,

Téméraires et prudents,

Sages mais toujours accessibles,

Si vous assumez ce qui vous rend uniques et ainsi différents,

Tout en reconnaissant que votre tonalité a sa place dans l'harmonie du vivant,

 

Si vous êtes bienveillants et toujours avec justesse vous affirmer,

Si vous aimez votre prochain en restant toujours votre seul maître,

Si vous pouvez faire de la vérité l'essence de votre beauté,

Préserver votre mystère en sachant corps et âme vous donner,

 

Si vous savez ouvrir votre maison et vous reposer dans une caverne de solitude,

Et offrir votre lumière aux cœurs sordides, morbides et cupides,

Si vous pouvez accueillir les empreintes du temps,

Sans vous sentir déchus ni craindre le glas de votre vie résonnant,

Parler sans n'être qu'un monologue creux,

Et tenir compte avec gratitude de l'expérience de vos aïeux,

 

Si vous pouvez rencontrer triomphe et défaite

Et accueillir ces deux illusions d'humeur égale,

Si vous pouvez garder votre esprit alerte,

Séparé d'autrui par une incompréhension abyssale,

 

Si vous gardez confiance en vous malgré l'incertitude, 

Que vous offrez ou abandonnez un grand amour à l'éternité,

Et gardez votre cœur ouvert au flot d'amour de la multitude,

Vous ancrez à la Terre pour prendre votre envol,

Laissant vos ailes se déployer dans les airs et vos pieds fouler le sol,

 

Alors vous trouverez votre voix au cœur de chaque âge,

Qu'importe si d'autres dans votre sillage œuvreront à votre naufrage,

Vous vous reconnaîtrez dans l'amour que vous donnerez,

et puiserez à la source cachée le souffle divin de votre être sacré,

C'est ainsi que vous ressentirez la dentelle cosmique de lumière que vous serez alors digne de porter.

 

Lily, 2019 ©

Reprise de "Tu seras un homme mon fils" de Rudyard Kipling 
et de "Tu seras une femme ma fille" de Fabienne Marsaudon.
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